Les français ont-ils un problème avec l’anglais?
Partager

Les français ont-ils un problème avec l’anglais ?

Les français sont plutôt nuls en anglais, et pourtant, l’anglais n’a jamais été aussi présent dans nos sociétés. Du coup, pourquoi le niveau ne remonte pas, pourquoi reste-t-il si bas ?

Découvrons-le ensemble dans ce 9e épisode de Ma Langue dans Ta Poche !

 

La Commission Espéranto-Langues d’EELV

………………………………………………………..

 

Penser à l’anglaise ? à l’américaine ?..

Dans son numéro du 13 mai 1997, « Le Figaro » rapportait que Robin Cook, nouveau secrétaire au Foreign Office dans le gouvernement de Tony Blair, voyait grand : « Il veut non seulement rendre à la diplomatie britannique un lustre que l’administration tory avait, selon lui, terni, mais il souhaite aussi que, demain, la Grande-Bretagne mène le monde. Pacifiquement, cela va de soi. Par la seule force de son économie, de son génie créateur, de sa culture et de sa langue« . Lors d’un discours prononcé aux États-Unis, Margaret Thatcher s’en est violemment pris à la France qui refuse de s’aligner docilement sur le modèle qu’elle a désigné ainsi : « Au XXIème siècle, le pouvoir dominant est l’Amérique, le langage dominant est l’anglais, le modèle économique dominant est le capitalisme anglo-saxon« .

(« Marianne« , 31 juillet 2000) Quant à David Rothkopf, directeur général du cabinet de consultants Kissinger Associates, il a été encore plus précis dans un ouvrage paru en 1997 et intitulé « A Praise of Cultural Imperialism ? » (Louange de l’impérialisme culturel ?) : « Il y va de l’intérêt économique et politique des États-Unis de veiller à ce que, si le monde adopte une langue commune, ce soit l’anglais ; que, s’il s’oriente vers des normes communes en matière de télécommunications, de sécurité et de qualité, ces normes soient américaines ; que, si ses différentes parties sont reliées par la télévision, la radio et la musique, les programmes soient américains ; et que, si s’élaborent des valeurs communes, ce soient des valeurs dans lesquelles les Américains se reconnaissent. » Au bout du compte, il y a le fait que, par exemple dans les institutions européennes, dans des milieux où l’anglais occupe une place de plus en plus prépondérante, les natifs anglophones sont déjà préférés même aux polyglottes qui ont l’anglais pour seconde langue.

La croyance selon laquelle l’anglais apportera la solution est extrêmement répandue. Pourtant, beaucoup en reviennent déjà. Président directeur général de Renault, Louis Schweitzer avait décidé en 1999 que seul l’anglais serait utilisé dans les relations entre les comités des usines établies dans divers pays. Deux ans après, le 1er avril 2001, l’Agence France Presse faisait écho à une déclaration qu’il a faite à l’occasion de la création d’une fondation qui permettra aux Japonais de mieux connaître la France et d’apprendre le français : « La langue a été une difficulté un peu supérieure à ce que nous pensions. Nous avions choisi l’anglais comme langue de l’alliance mais cela s’est avéré un handicap avec un rendement réduit de part et d’autre.  » Même le Président Jacques Chirac, qui n’est pourtant pas un indigent mental, s’est humblement excusé à New York, après l’attentat du 11 septembre, de parler en français après avoir avoué « my English is not very good« . A la question « Parlez-vous anglais lors de vos séjours à l’étranger ?« , lors d’un entretien accordé à « Mon Quotidien » (25 septembre 1997), journal destiné aux enfants de 10-15 ans, il avait déjà répondu : « Oui, avec mes amis, mais jamais dans les discussions officielles, car je ne parle pas parfaitement cette langue et ce serait un handicap. Pour les sujets sérieux, il faut être sûr d’être bien compris« .

A son retour du sommet de Kyoto, Dominique Voynet avait déclaré au « Journal du Dimanche » (JDD) : « Toutes les discussions techniques se sont déroulées en anglais, sans la moindre traduction, alors qu’il s’agissait d’une conférence des Nations unies. Trop de délégués ont été ainsi en situation d’infériorité, dans l’incapacité de répondre efficacement, de faire entendre leurs arguments« . Ainsi pour traiter de sujets qui engagent l’avenir de l’humanité et de la planète, des spécialistes se sont déplacés du monde entier, ils ont séjourné dans un pays où tout est très cher, et leur temps a été en grande partie gâché.

Députée européenne, Mme Helle Degn avait cru bon de s’exprimer en anglais plutôt que dans sa langue : le danois. Cela faisait plus sérieux. Croyant dire qu’elle en était aux premiers jours de ses fonctions ministérielles, elle dit en fait qu’elle en était au début de sa menstruation


L’anglais devient l’espéranto de l’UE

Par Jean Quatremer, Bruxelles, 17 mars 2010, https://www.liberation.fr/planete/2010/03/17/l-anglais-devient-l-esperanto-de-l-ue_615624

En quelques années, la retraite ordonnée du français dans les institutions européennes s’est transformée en sauve-qui-peut et l’anglais règne en maître presque incontesté à Bruxelles. On note bien ici ou là quelques îlots de résistance (comme à la Cour de justice de l’UE). Pour combien de temps ?

Désormais, les documents en français de la Commission représentent moins de 20% des textes, le reste étant en anglais. Des services entiers, comme la Direction générale économie et finance ou celle de la concurrence, ne travaillent plus qu’en anglais. Alors que la salle de presse de la Commission est censée être bilingue français-anglais, seuls les communiqués de presse d’une page sont encore traduits, souvent avec retard. La direction générale «transport» est devenue «move» et le Parlement européen a supprimé la signalétique en français de son hémicycle strasbourgeois.

Le site internet de l’UE comporte de plus en plus de pages uniquement anglophones et les sites des agences sont, pour la plupart, en anglais only (Europol, Eurojust, Agence européenne de l’armement, Agence de sécurité alimentaire, etc.). La Banque centrale européenne, pourtant sise à Francfort et dotée d’un président français, ne travaille qu’en anglais, alors que le Royaume-Uni n’est pas membre de la zone euro. L’Eurocorps, qui ne compte pourtant aucun soldat anglophone de naissance, a choisi de ne plus parler qu’anglais… Cet unilinguisme se traduit par un privilège exorbitant accordé aux anglophones de naissance. Ainsi, sur 27 chefs de cabinet de commissaires, six sont native English speakers (contre deux francophones) et sur 34 porte-parole de la Commission, 13 anglophones (contre trois francophones). Pour la première fois, la Commission a même recruté un porte-parole américain…

La victoire de l’anglais s’est faite au nom du pragmatisme : dans une Union à 27, impossible de parler au quotidien les 23 langues officielles, dit-on. Il n’en a jamais été question : il n’y a jamais eu que trois langues de travail (français, anglais, allemand) dans les institutions et deux (français, anglais) en salle de presse. En réalité, l’anglais est perçu comme une langue «neutre» et beaucoup, notamment à l’Est, veulent en terminer avec le français, qu’ils maîtrisent mal.


De l’avantage de l’anglais

Publié le dimanche 4 août 2002 , mis a jour le vendredi 4 juillet 2008, https://sat-amikaro.org/de-l-avantage-de-l-anglais

Je suis citoyen des États-Unis, et j’en suis fier. Je suis fier également parce que nous sommes un pays important dans le monde d’aujourd’hui. Mais ce dont je ne suis pas fier, c’est la manière avec laquelle nous perpétuons cette importance.

Il s’agit là de l’usage de l’anglais dans le monde comme outil de communication. J’ai un avantage. Nous, Étasuniens, nous avons un avantage. Nous sommes l’élite, nous dominons à travers le monde entier et nous continuerons, car eux, c’est-à-dire les autres, ne pourront jamais communiquer aussi bien que nous. Ils travaillent durant des années et des décennies. Jamais ils n’atteindront notre niveau. Nous sommes l’élite.

Les locuteurs des autres langues (allophones) ? Ils pensent souvent utiliser parfaitement notre langue, mais, entre nous, nous faisons des commentaires ou plaisantons en cachette sur leurs erreurs. Je veux leur hurler : « N’êtes-vous pas capables de voir ce que vous faites ? C’est vous, qui vous enlevez votre pouvoir de communiquer ! C’est vous qui nous mettez durablement au-dessus de vous. » Et nous resterons au-dessus d’eux. Nous sommes l’élite et nous dominons le monde.

Je ne suis pas satisfait d’appartenir à l’élite. Voilà un Étasunien qui ne s’intéresse pas de devenir un maître du monde. Je suis un citoyen des États-Unis mais, au-dessus de çà — oui, au-dessus de çà — je suis un citoyen du monde. Vous autres, où que vous soyez, je vous considère comme des amis et même comme des frères et soeurs. Je ne veux pas être placé au-dessus de vous du fait d’un avantage injuste. Je serais beaucoup plus heureux de marcher à vos côtés et ainsi nous pourrions partager nos cultures, l’un avec l’autre ; nous pourrions ainsi être à égalité, nous pourrions ainsi nous respecter l’un l’autre.

Pourtant, vous refusez cela, vous, les allophones. Je pense que vous vous aveuglez face à la vérité. Les hommes semblent moins intelligents que ce qu’ils sont réellement lorsqu’ils parlent à une personne dans sa langue maternelle. Claude Piron, un espérantiste, me l’a fait remarquer et je le constate d’une fois à l’autre quand je travaille à l’étranger. L’espéranto a été créé pour être rapidement appris, et — plus important — pour être souple afin que chacun puisse l’utiliser sans paraître étranger, sans paraître stupide. L’anglais, pas du tout ! Mis à part si vous avez résidé plusieurs années dans un pays anglophone, vous ne maîtriserez jamais ses règles décrites, l’énorme quantité d’expressions et les nuances subtiles de la langue.

Une langue nationale est un labyrinthe générateur de confusion pour l’étranger. C’est comme les pelures d’un oignon, et quand vous comprenez un aspect de la langue, vous pouvez être certain qu’en dessous se trouvent des exceptions et des nuances incompréhensibles. Apprenez l’anglais. C’est une langue riche et superbe, et les peuples qui la parlent sont affables, et leurs cultures très intéressantes. Mais comprenez absolument que cette langue ne convient pas comme outil pour la communication internationale. Pensez aux personnes de votre pays qui font des erreurs dans leur propre langue. Pensez aux erreurs que vous faites vous-même dans votre langue maternelle. Croyez-vous que des locuteurs non natifs seraient capables de concourir équitablement ? Est-ce un tel monde d’injustice que vous voulez créer ? En tant que citoyens du monde, en tant qu’humanité, sommes-nous fiers de ce monde ?

Je voudrais enfin ajouter une réflexion sur ce monde que nous créons. J’ai commencé par parler des États-Unis, mon pays, et de son importance dans notre monde. Pourquoi est-il important ? Je pense qu’une des raisons les plus justes se trouve dans notre force. Pas spécialement la force militaire, mais la force dans le commerce, les relations diplomatiques, les beaux-arts, les sports et une quantité d’autres domaines divers. Pourquoi sommes-nous si forts ? A mon avis, c’est parce que nous sommes un pays de 50 États séparés. Ces États collaborent, communiquent, mettent en commun leurs diverses forces et forment ainsi une union beaucoup plus forte que la somme des 50 États eux-mêmes. Nous voyons maintenant une même prise de conscience de l’Union européenne. Je vous invite à penser à notre monde. Comment est-il ? Comment pourrait-il être si nous, les citoyens du monde, nous pouvions communiquer efficacement et ainsi nous comprendre et partager nos divers points forts ? J’affirme que nous sommes incapables de créer un tel monde avec une langue nationale comme outil de communication internationale. Par chance, nous avons une langue qui est adéquate, qui est juste, qui permet à chaque homme de déclarer : « Me voici, citoyen du monde, un homme parmi les autres hommes, laissez-moi vous montrer qui je suis. » Voici l’intercompréhension. Voici ce que permet l’espéranto. Voici notre monde.
Texte original publié en espéranto dans « Litova Stelo » (L’Étoile lituanienne).
Traduit de l’espéranto en français par Henri Masson.